Archives de la catégorie : Divers

Et j'ai choisi de vivre l'instant présent…

Le jour où j’ai cessé de dire ‘dépêche-toi‘ ». Ce billet, qui a fait très rapidement le tour des réseaux sociaux, relate l’expérience personnelle de cette professeure d’éducation spécialisée, mère de deux enfants, qui, comme la grande majorité d’entre-nous, courait sans arrêt pour être à l’heure à tous ses rendez-vous et pour, comme elle le dit elle-même, « cocher quelque chose de notre to do list (choses à faire)« . C’est la découverte de l’effet de son comportement sur ses enfants qui lui fit prendre conscience de l’impact négatif, en tout cas par rapport à ses propres valeurs, de ce rythme de vie. En 1973, John Darley et Daniel Batson de l’université de Princeton publiaient un article intitulé « From Jerusalem to Jericho » dans lequel ils relatent une étude sur l’expression des valeurs altruistes chez des séminaristes à qui l’on demande, dans une des conditions, de préparer un sermon sur base de la parabole du « bon samaritain ». L’expérience montra que une simple contrainte de temps pouvait affecter l’expression des valeurs altruistes, même chez des séminaristes (dont on peut supposer qu’ils sont encore plus enclin à aider les autres, bien que ce ne soit peut-être qu’un stéréotype) qui venaient d’être « amorcés » sur le sujet de l’aide à la personne en difficulté. Croisant sur leur chemin une personne en difficulté, gisant par terre, 63% des séminaristes à qui une légère contrainte de temps avait été imposée s’arrêtèrent pour venir en aide au malheureux (un complice, bien sûr). Si un niveau intermédiaire de contrainte de temps était suggéré, ce chiffre diminuait à 45% soit près de 20% de moins. Encore plus impressionnant, ce chiffre tombe à 10% pour les séminaristes à qui une forte contrainte de temps (dépêchez-vous, vous êtes en retard) était suggérée. En résumé, on peut supposer que quand nous courons dans tous les sens pour rattraper le temps, comme le lapin d’Alice au pays des merveilles, nous sommes 6 fois moins susceptible de montrer un comportement altruiste, en accord avec nos valeurs, que quand nous prenons le temps de vivre. Quand nous courons dans tous les sens, non seulement nous ne prenons pas le temps de vivre (de profiter de notre vie) mais en plus, nous ne sommes pas (ou nous ne devenons pas) la personne que nous voulons être. C’est probablement un des facteurs qui explique que les personnes qui pratiquent la méditation deviennent plus emphatiques (elles prennent le temps de faire attention aux autres?) Un autre fait marquant de cette histoire est qu’il semble que nous faisons nettement plus attention à l’expression de nos valeurs lorsqu’il s’agit de nos enfants que de nous même. Lorsque je demande à mes patients quelles sont leurs valeurs, la question provoque fréquemment une moue dubitative. Si je leur demande s’ils donneraient du « fast food » à leur enfant tous les jours (si ils ou elles ont un ou des enfants), la réponse sort immédiatement: « Non, bien sûr ». Manger sainement est donc clairement une valeur (reste à déterminer quelle est sa « priorité). Pourtant, fréquemment, ces mêmes personnes mangent un sandwich « sur le pouce » le midi et ne prennent pas le temps de petit-déjeuner à leur aise le matin. Nos enfants apprennent plus de nos comportements que de nos conseils et commandements. Fais ce que je dis, pas ce que je fais, n’est clairement pas la meilleure façon  de leur transmettre nos valeurs. C’est plutôt l’adage « tu dois être le changement que tu veux voir dans le monde » qui devrait nous guider. Ceci me mène aussi à cette question: « Si nous sommes dans ce cas, qu’avons nous fait de mal pour ne pas mériter suffisamment notre propre compassion et prendre le temps de vivre en accord avec nos propres valeurs? » (et quel message transmettons-nous à nos enfants, en ne prenant pas soin de nous-même?). Et vous, si ce n’est déjà fait, qu’est-ce qui vous déciderais enfin à choisir de vivre l’instant présent? Si c’est déjà le cas, qu’est-ce qui vous à fait changer?   Lien vers l’étude de Darley & Batson (1973): http://web.missouri.edu/~segerti/1000/DarleyBateson.pdf]]>

Pourquoi la France n'a (quasiment) pas de TDAH?

1ère partie & partie 2). Elle s’interroge sur la différence très notable du nombre d’enfants diagnostiqués avec un trouble déficitaire de l’attention / Hyperkinésie (ADHD en Anglais): 9% aux USA et 0,5% en France. Elle nous rappelle plusieurs choses qui semble souvent être minimisées dans les discussion sur cette condition (j’ai du mal à l’appeler maladie). D’abord, aucune cause neurologique ou physiologique n’a pu être clairement identifiée quant à cette condition (il y a des corrélats biologiques mais on ne prouve pas la cause pour autant). Le discours des sociétés pharmaceutiques pour justifier de l’existence d’une condition physiologique est même parfois plutôt mince: si je lui donne de la Rilatine (une forme d’amphétamine, moins puissante que la cocaïne mais qui en partage les effets – voir aussi cet article du vif sur l’explosion de la consommation de Rilatine) et qu’il va mieux, c’est qu’il y avait un problème physiologique à la base. Argument fallacieux s’il en est, sachant que n’importe qui consommant des amphétamines va améliorer sa capacité de concentration. Autre rappel dans l’article de Wedge, la différence de définition et de conception de la condition. Les américains ont une définition large et d’origine biologique qui peut pathologiser n’importe quel comportement enfantin (énergie débordante, attention diffuse, etc.) alors que les français le considère comme le résultat d’une situation psycho-sociale (conception systémique) et la « traite » avec des psychothérapies et du coaching parental. On retrouve encore ici une belle application du constructivisme: le diagnostic crée les conditions de réalisation des attentes du médecin (enfin, ici, j’ai plus envie de voir les attentes des sociétés pharmaceutiques qui bénéficient largement des largesses de ce « diagnostique » . D’autant plus que dans les conditions de vie actuelle en Europe et encore plus aux USA, on peut imaginer la difficulté que peuvent avoir certains parents à canaliser l’énergie de leur enfant dans le métro-boulot-dodo infernal que leur impose notre société. La solution sous forme d’une pilule qui ne remet pas en cause certains de nos principes sociétaux, éducatifs et familiaux est probablement plus facile à accepter qu’une explication, forcément complexe, des effets de l’interaction entre l’environnement et l’enfant, d’autant plus si elle provient d’un pédo-psychiatre ou d’un neurologue. Qui sommes-nous pour contester ce diagnostique? Et voilà aussi Rosenthal qui pointe le bout de son né (au passage, une très belle note de synthèse sur l’effet pygmalion – autre nom de l’effet Rosenthal & jacobson – sur les élèves et les enseignants): L’enfant est diagnostiqué « TDAH » (j’ai envie d’écrire étiqueté) et son environnement s’adapte pour renforcer cette prophétie auto-réalisatrice. Comme l’écrit Wedge, le diagnostique n’aide pas. On se demande pourquoi? Est-ce pour autant dire qu’il n’y a pas de personnes souffrant de TDAH. Ce n’est pas ce que je prétend mais n’oublions pas que notre concept de la pathologie est fortement lié à celui de la normalité qui est lui même étroitement lié au concept statistique de distribution normalisée d’une condition. En ce qui concerne le TDAH, la frontière entre le normal et le pathologique est donc subjective et arbitraire. Elle dépend des critères d’inclusions, comme nous l’avons vu précédemment. Il y a donc très certainement des personnes qui présentent plus de difficultés que d’autres à se concentrer et qui ont aussi plus d’énergie à canaliser que d’autres. Est-ce pour autant une justification à une médication? D’autant plus que les causes de ces difficultés peuvent être multiples et variées (fatigue, troubles de l’humeur, mauvaise alimentation, estime de soi insuffisante, etc.). De plus, d’autres solution existent (et qui ne présentent pas le risque d’une augmentation des accidents cardiaques chez les patients, comme c’est le cas du traitement aux amphétamines). Des entraînements par la méditation (qui est finalement un entraînement à la concentration) semblent (mais il faut encore un peu de recherche là dessus) pouvoir apporter une solution bien plus « écologique » à ce problème.]]>

Plaidoyer pour une politique adogmatique de la santé mentale

de n’accorder – en Belgique – le titre de psychothérapeute qu’aux professionnels disposant d’un titre universitaire en psychologie (licence/master) ou psychiatrie (PhD) et ayant complété ce cursus par une formation reconnue en psychothérapie d’au minimum 3 ans. Toute autre formation initiale et/ou complémentaire ne doit ouvrir l’accès au titre de psychothérapeute« . Je suis étonné qu’ils ne demandent pas de limiter cela aux psychologues clinicien car il y a aussi des demandes allant dans ce sens (sinon, à quoi cela servirait-il de faire psychologie clinique? Etudier la psychologie d’entreprise nous forme nécessairement autant à la pratique de la psychothérapie que l’étude des psychopathologies, cela semble évident :o/ ). Analysons cette demande: Le titre de psychothérapeute ne devrait être décerné qu’aux psychologues et aux psychiatres (Les psychiatres s’en moquent, ils sont médecins, reconnus et largement remboursés, cela n’intéresse donc que des psychologues mais mentionner les psychiatres est probablement politiquement plus correct). Donc, en gros, il faut être psychologues (des organisations, psychologue social, neuropsychologue ou psychologue clinicien, vu que tout semble se valoir) pour être psychothérapeute. Soit! Quand on voit la diversité du programme de cours des psychologues cliniciens par rapport aux psychologues industriel, on peut néanmoins se demander en quoi un philosophe des sciences ou un medecin généraliste peuvent etre handicapes au point de ne pas pouvoir exercer le noble art de la psychothérapie? Quel cours peuvent donc bien lui manquer qu’on ne puisse rattraper après? cela suppose donc aussi que toutes les autres catégories de personnes qui exercent actuellement l’art de la thérapie ne sont pas aptes à exercer. Mais sur quoi se base cette prémisse? Peu d’études ont été réalisée sur le sujet et les résultats de celles que j’ai lues n’étaient pas franchement très significatifs, sans parler de certains biais méthodologiques. En gros, les résultats semblent identiques, les psychologues et les psychiatres feraient moins empirer la situation quand elle ne s’améliore pas. Mais passons sur ce point de détail comme certains aimeront l’appeler. En plus du diplôme universitaire en psychologie, le psychothérapeute doit avoir suivi une formation reconnue (par qui, sur base de quels critères? Mystère!) de 3 ans minimum. On suppose donc que c’est la durée minimale nécessaire pour être apte. Là aussi, aucun fait ne vient valider cette demande si ce n’est que la majorité des formations plébiscitée pas les universités et les associations professionnelles de psychologues et psychothérapeutes durent trois ans (avec un nombre d’heures de pratique variable et des enseignements tout aussi variables). Cela correspond aussi aux critères de l’association européenne de psychothérapie mais qui n’a pas été retenu par la France qui est le seul pays à avoir légiférer en la matière en Europe. Notez au passage qu’il y a un véritable microcosme économique qui gravite autour de cette problématique des formations. En effet, elle donnent du travail et une certaine notoriété à un certains nombres de membres de ces associations qui peuvent agir comme référents ou superviseurs, nouvelle version d’une pratique pyramidale qui est assez mal vue dans d’autres contextes. Ne vous méprenez, je ne dis pas que la supervision est inutile ni que ces personnes sont incompétentes, loin de moi cette idée, c’est juste que l’organisation de cette pratique dans un cadre aussi strict et favorisant certaines personnes me semble discutable. D’autant plus que je n’ai pas encore lu d’études sur les effets de la supervision sur la compétence ou l’efficience du thérapeute ni même de comparaison entre supervision et intervision ou encore moins sur les qualités nécessaires a un superviseur pour être « efficient ». Notez aussi que certaines de ces formations reconnues (certaines se targuent de l’être, on ne sait toujours pas par qui ni comment mais un lobby est déjà clairement bien en place) enseignent des pratiques thérapeutiques qui sont parfois discutables voire clairement identifiées comme des pratiques sectaires (mais c’est clairement un autre débat, bien que connexe à celui-ci). Ce qui me dérange encore plus, c’est que ces formations « reconnues » sont toutes orientées selon une des quatre « principales » orientation thérapeutiques (Psychanalytique/psychodynamique, systémique, cognitivo-comportementaliste et phénoménologique/centrée sur la personne) alors que les études sur l’efficacité des thérapies semblent indiquer clairement qu’un mélange de ces approches est préférable et que surtout, le modèle thérapeutique ne serait responsable que de 10 à 15% de l’effet de la psychothérapie. Les 85 à 90% de l’efficacité étant imputable à la qualité de la relation entre le patient et le thérapeute ainsi qu’aux attentes du patient, à son environnement, etc. Hors, la qualité de la relation dépend de nombreux paramètres dont la capacité du thérapeute à être présent dans la relation, à écouter, etc. Ce sont des qualités qui sont développées aussi lors des formations en psychothérapie mais qui n’en sont pas, en général, l’une des composantes principales. Est-ce que ces qualités ne peuvent pas être présente chez un médecin généraliste, un(e) infirmier(ère), un assistant social, un assistant en psychologie ou un philosophe? De plus, certains modèles psychothérapeutiques dont l’efficacité est validée empiriquement (je pense à l’ACT notamment) semble être facilement « utilisable » par le commun des mortels et ne pas nécessiter que le thérapeute ai suivi 7 ans d’études pour fonctionner. Je pense aussi aux thérapies basée sur la pleine conscience, dont l’efficacité est aussi largement validée empiriquement, et qui demandent plus un travail sur soi-même et une pratique régulière du patient et du thérapeute qu’une longue formation formelle. Et quid de l’hypnose et des thérapies brèves (qui ne rentrent pas dans les 4 orientations principales). Et re-quid de ces psychologues cliniciens et psychanalystes qui pratique la psychanalyse avec des enfants autistes alors que ce n’est clairement pas le choix le plus approprié? Et quid des « experts » en psychiatrie et en psychologie qui n’arrivent pas à se mettre d’accord et qui nous rappellent que la psychologie n’est pas une science exacte et qu’il n’y a pas vraiment un consensus sur la notions même de psychopathologie, de maladie mentale et donc, de là, de santé mentale. Et qu’en est-il de ces psychologues formés dans les écoles reconnues mais qui pratiquent aussi des approches épinglées comme sectaires ou tout au moins, non conventionnelles? Et qu’en est-il de l’ethnopsychiatrie ou de l’ethnopsychologie qui ne rentrent pas dans ces moules mais qui sont pourtant tout aussi efficaces? Je n’ai pas l’impression que le débat est juste. Comme je l’ai déjà écrit à maintes reprises, il faudrait inclure des philosophes, des scientifiques « dur » qui nous rappelleraient que ce sur quoi nous travaillons en psychologie ne sont pas des mesures mais bien des indicateurs (la plupart du temps du moins, mais là aussi, c’est un autre débat), des sociologues et des ethnologues. Il me semble que ce qui se profile à l’horizon ne va pas mieux protéger le patient mais juste s’attaquer à un problème économique. Donc, non, je ne signerai pas la pétition qui formule des exigences non fondées même si elle me protégerait éventuellement d’une concurrence forte des psychothérapeutes non-psychologue et non-formés, simplement parce que ce n’est pas juste.]]>

Le chemin, c'est la vie

Ne demande jamais ton chemin à celui qui sait. Tu pourrais ne pas te perdre ! » de Simone Bernard-Dupré dans Mélopée africaines « Atteindre son but, c’est rater tout le reste » (Je cherche encore ou j’ai lu celle là) A méditer donc.]]>

Entrainement à la reconnaissance des émotions (grâce aux expressions du visage)

« Emotions revealed: recognising facial expressions » de BMJ Careers – c’est en effet plus « subtile »). Vous vous demandez peut-être quel est l’intérêt de s’entraîner à cela? Finalement, nous sommes probablement déjà capable de reconnaître les émotions sur un visage. Ou peut-être sommes nous peu performant à cette tâche et il n’est pas possible de s’améliorer. Ou peut-être tout simplement, n’y a t’il pas de science ni de généralité en la matière. C’est Charles Darwin qui fut le premier à étudier l’expression des émotions chez l’animal et chez l’homme. Il consigna le résultat de ses recherches dans un livre devenu un classique, « De l’expression des émotions chez l’animal et l’homme » (Dont le contenu est disponible intégralement en ligne sur http://darwin-online.org.uk/ en Anglais ou une version en Français en livre de poche ), qu’il publia en 1872, 13 ans après « L’origine des espèces: Par le moyen de la sélection naturelle, ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie ». 100 ans plus tard, Paul Ekman identifie 6 émotions reconnue universellement:

  • La joie
  • La tristesse
  • La colère
  • La peur
  • Le dégoût
  • La surprise
Ces émotions ont chacune une expression faciale qui semble être reconnue universellement (Ekman a mené des études cross-culturelles assez concluantes bien que la règle semble avoir quelques rares exceptions). Plus tard, dans les années 1990, Ekman ajouta 9 autres émotions (dont des positives) mais qui n’ont pas toutes une modalité d’expression faciale spécifique: l’amusement, la satisfaction, le mépris, la gêne, l’excitation, la culpabilité, la fierté, le soulagement, le plaisir et la honte. Afin de pouvoir étudier scientifiquement les expressions faciales, Paul Ekman et Wallace Friesen inventent en 1978 un système de codification des expressions du visage se basant sur les muscles utilisé pour chaque expression, le FACS (Facial Action Coding System). Ce système, mis à jour en 2002, est toujours le système de référence utilisé de nos jours dans les études sur les expressions du visage. Plus tard, Ekman (encore lui) découvrit ce que l’on appelle désormais les micro-expressions, des expressions du visage, liées à une émotion que l’on essaie de cacher et qui n’apparaissent que pendant un très bref instant, de l’ordre du 30ème de seconde (à peine visible pour l’oeil humain). Ekman qui à voué une bonne partie de sa carrière à l’étude des émotions et de leurs expressions, s’est aussi intéressé de très près à la détection du mensonge par l’analyse du langage non-verbal (que ce soit les micro-expressions, la position du corps, le timbre de voix) ou le contenu verbal (choix des mots, type d’expressions, de récit, etc.). C’est d’ailleurs de l’histoire et des recherches de Paul Ekman que ce sont inspirés les scénaristes et producteurs de la série américaine « Lie to me« , dont Ekman fut le principal conseiller scientifique. Selon Matsumoto et & Hwang’s (in press – voir leur article sur le site de l’APA), le taux de reconnaissance moyen des émotions par un quidam non entraîné est de l’ordre de 48%, voire même de 35% si l’on ne tient pas compte de la joie et de la surprise qui sont les deux expressions les plus facilement reconnaissable (ce qui n’est pas absolument mon avis, la peur et la surprise étant assez proche en terme d’expression faciale, elles peuvent parfois être confondue). Après entrainement, ce chiffre peut facilement monter à 80, 90 voire 100%, y compris pour ce qui est des micro-expressions (furtives) et des expressions subtiles. Comme ils le font remarquer dans leur article publié sur le site de l’American Psychological Association  (2011), la capacité à décoder correctement les expressions du visage et les informations non-verbales en général est un facteur essentiel de la capacité à avoir des relations satisfaisantes avec son entourage, personnel ou professionnel (sans parler de l’amélioration de la capacité à détecter un mensonge). Plusieurs sociétés ou organisations proposent des formations, souvent en ligne ou par ordinateur, pour améliorer notre capacité à reconnaître les émotions exprimées par les expressions du visage:
  •  FaceTale de l’Université Catholique de Louvain (BE) et de l’Université d’Edinburg (UK): Reconnaissance des émotions et des micro-expressions (La joie, La tristesse, La colère, La peur, Le dégoût, La honte) par la pratique d’un test avec feedback . Français/Anglais. Gratuit. Logiciel sous Windows.
  • METT (Micro Expression Training Tool) du Paul Ekman Group.  Reconnaissance des micro-expressions et des émotions (La joie, La tristesse, La colère, La peur, Le dégoût, la surprise, le mépris) incluant une partie didactique expliquant les différences entre les différentes expressions. Certificat de réussite (80%) et de maîtrise (90%). Anglais. 20$(Normal) ou 69$ (advanced). En ligne, pas de limite de temps.
  • SETT (Subtle Expression Training Tool) du Paul Ekman Group.  Reconnaissance des micro-expressions et des émotions (La joie, La tristesse, La colère, La peur, Le dégoût, la surprise, le mépris) incluant une partie didactique expliquant les différences entre les différentes expressions. Anglais. 39$. En ligne, pas de limite de temps.
  • MiX (lite, original, Pro, 2, Elite or 3) de Humintell (Société fondée par David Matsumoto). Reconnaissance des micro-expressions et des émotions (La joie, La tristesse, La colère, La peur, Le dégoût, la surprise, le mépris) incluant une partie didactique expliquant les différences entre les différentes expressions et des visions de visage de côté (dans certaines options). Anglais. De 29 à 89$. En ligne, pendant un an.
  • SubX (lite, Novice, Pro & Elite) de Humintell (Société fondée par David Matsumoto). Reconnaissance des expressions subtiles et des émotions (La joie, La tristesse, La colère, La peur, Le dégoût, la surprise, le mépris). Anglais. De 29 à 99$. En ligne, pendant un an.
  • T.E.L.C. Micro-expression de Lynx Expert. Reconnaissance des micro-expressions et des émotions (La joie, La tristesse, La colère, La peur, Le dégoût, la surprise, le mépris). Français, Anglais et Espagnol. 39€
  • Getting Flirty par Globalemotion.com.  Reconnaissance des micro-expressions (La joie, La tristesse, La colère, La peur, Le dégoût, la surprise, le mépris) uniquement sur des visages féminins. Anglais. 3.99$. Sur iPhone ou iPad (IOS 3.2+) uniquement.
  • Spot de Fake Smile de la BBC. Test pour détecter les vrais sourires (dit de Duchenne) des faux (forcés). Anglais. Gratuit. En ligne (Flash).
Quelques références bibliographiques: ]]>

De la construction sociale de la maladie mentale

http://www.ethnopsychiatrie.net/stengusagers.htm) mais j’aimerais en extraire quelques réflexions ou plutôt vous faire part de celles qu’il m’a inspiré ou rappelé. D’abord, il nous rappelle les risques liés aux diagnostiques, aux étiquettes. Donner un nom à une situation, à un état, c’est déjà la réduire, la simplifier à un plus petit dénominateur commun qui ne peut en donner une image correcte. C’est donc aussi, modifier cette réalité, cet état. Modifier la perception que l’on en à mais probablement aussi modifier l’état observé (c’est ce que nous rappelle une des conséquences du principe d’incertitude d’Heisenberg, on ne peut observer un phénomène sans l’influencer) ou ce que l’on pourrait appeler une co-construction dans l’intersubjectivité de la réalité. Ce phénomène est aussi mis  en évidence par l’observation de l’effet Rosenthal (ou pygmalion) qui nous montre comment nos croyances peuvent influencer nos comportements et celui de notre entourage, que ce soient des élèves ou des rats de laboratoire. Mettre une étiquette, émettre un diagnostique, est donc un acte fort, rempli de conséquences. De là, on peut se demander aussi pourquoi des groupements d’usagers (ou aussi de « malades ») veulent absolument être reconnus comme tels. Cette recherche de reconnaissance, qui peut être porteuse de sens, d’un sens co-construit avec la société et ses experts en maladies, est aussi probablement une des conditions de leur enfermement dans cet état, cette situation, cet usage, cette maladie. C’est en tout cas ce que remarquait Sylvie  Tordjman dans un article sur les enfants à haut-potentiel que je vous soumettait il y a quelques mois (ici). L’étiquette peut nous enfermer dans une réalité (une perception de la réalité) qui ne laisse pas suffisamment de place au bien-être de l’individu. Ce mécanisme de co-construction de la réalité du symptôme et du mal-être est probablement à l’œuvre dans toute les relations thérapeutiques. La relation thérapeutique salutaire est probablement celle qui amène le patient à construire (ou plutôt co-construire, avec le thérapeute ainsi qu’avec son entourage) une nouvelle réalité qui lui soit plus favorable. Que ce soit par la métaphore en hypnose, la méditation, l’association libre et la reformulation ou le recadrage en thérapie psychodynamique, les tâches thérapeutiques en systémique ou la défusion et le travail sur les valeurs en ACT (voire même par les interprétations de la réalité que peuvent donner l’astrologie ou la kinésiologie), la thérapie est un espace de reconstruction, de co-construction de la réalité. Si l’on accepte ces prémisses, on comprend mieux encore l’importance de la relation thérapeutique, des croyances, des affinités et des représentations, dans le chemin vers un mieux-être (notion subjective elle aussi) ou plutôt la création de ce mieux-être. Il reste néanmoins important de rester conscient des limites de notre perception de la réalité et de nos connaissances. C’est cette connaissance de nos limites, des règles du jeu pour utiliser une métaphore, qui est notre clé pour plus de liberté.  ]]>