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Remboursement de la psychologie clinique en Belgique: Enfin!

Depuis le 1er avril 2019, les prestations des psychologues cliniciens sont enfin remboursées par l’INAMI (la sécurité sociale). Bien sûr certaines mutualité offraient déjà un remboursement depuis quelques années (souvent 10€ par séance pour 6 à 12 séances par an) mais celui-ci ne rendait pas le suivi psychologique accessible à tous. Désormais, le patient ne paie que 11€ pour sa consultation chez un psychologue clinicien agréé par l’INAMI et ce pour maximum 8 séances par an.

Bien sûr, il y a quelques petits bémols. Cette avancée importante pour les patients n’est pas encore généralisée à tout le monde ni à tous les types d’interventions. Pourquoi? Simplement parce qu’il s’agit d’une phase d’évaluation par l’INAMI et que le budget nécessaire (estimé à environ 220 millions d’Euro par an) pour subventionné ces interventions n’a pas encore été trouvé. Cependant, un budget d’un peu plus de 20 millions a déjà été débloqué et cela permet de prendre en charge, dans le cadre d’interventions de première ligne (= pour des troubles qui peuvent être pris en charge en quelques séances) pour trois types de difficultés: Les troubles anxieux, la dépression (et le burn-out) et la dépendance à l’alcool. Pourquoi ces trois difficultés? Simplement parce que ce sont les plus fréquentes et celles qui coûtent cher en médicaments et en absentéisme à notre collectivité. Vu qu’il s’agit d’une phase pilote dans un cadre restreint, les patients qui désirent bénéficier de ces interventions doivent d’abord passer chez leur médecin généraliste ou leur psychiatre qui devra leur faire une prescription de renvoi (qui n’est pas la prescription habituelle du médecin mais bien un document standardisé que le médecin peut trouver sur le site du réseau 107).

Cette première prescription permet au patient de prendre rendez-vous avec n’importe quel psychologue clinicien agréé par l’INAMI. Cette agrément vous garanti aussi au passage que le ou la psychologue possède le visa autorisant la pratique de la psychologie clinique, qu’il ou elle respecte le code de déontologie des psychologues et qu’il ou elle a un minimum de 3 années de pratiques préalables. En dehors de cet agrément, vous bénéficiez toujours, dans le cadre d’une relation thérapeutique avec un psychologue clinicien disposant du visa autorisant la pratique, de la protections du cadre légal régissant la pratique des soins de santé, tout comme c’est le cas avec un médecins généraliste ou un psychiatres. Le secret professionnel, qui est un des fondements de la pratique de la psychologie clinique et une des questions qui revient fréquemment de la part des patients, est mis en force par le code de déontologie des psychologues (cliniciens ou non) et par le cadre légal réglementant les professions de soins de santé auquel les psychologues cliniciens sont désormais rattachés.

Espérons qu’après les quelques années prévues pour l’évaluation du projet, celui-soit étendu et généralisés à l’ensemble des problématiques et de la population. Ce n’est cependant pas chose faite car le projet ne fait pas l’unanimité, principalement en Flandre ou les associations professionnelles appellent au boycott du projet, résultant dans un manque criant de praticiens souscrivant à la convention avec l’INAMI. On peut bien sûr estimer que 1€ par minute n’est pas suffisant pour un psychologue qui à du faire 5 ans d’études universitaires suivi par 3 années de formations complémentaires et de pratiques supervisées mais tous les psychologues ne demandaient pas autant avant cette proposition (et ne sont pour autant pas moins compétent) et il peuvent donc s’y retrouver. Les associations professionnelles s’insurgent contre le cadre restreint à quelques difficultés (pathologies), ce qui est légitime mais ne tient pas compte des progrès réalisés. Depuis plus de 20 ans, les projets de reconnaissance des spécificités de la psychologie clinique et le remboursement de celle-ci restaient au fond des tiroirs des politiciens, au grand désespoir des psychologues et surtout des patients, et maintenant qu’un progrès significatif est fait, les associations professionnelles se rebellent. On peut comprendre que c’est aussi leur fond de commerce, de défendre la profession ou du moins leur vision de la profession, mais cela me semble faire preuve d’une manque de flexibilité psychologique. Je sais combien l’engagement dans la défense et la promotion de sa profession est une mission difficile, exigeante et louable mais parfois ce rôle nous confine dans une position qui est un peu rigide. Rien n’empêche cependant d’accepter ce qui est tel qu’il est pour le moment, d’aider ces nombreuses personnes dans le besoin d’une aide enfin abordable et de continuer en même temps à militer pour une meilleure rémunération. D’autant plus que l’agrément INAMI ne force pas à appliquer ce tarif lorsque le psychologue pratique en dehors du cadre des soins de première ligne.

Un autre argument qui est souvent utilisé pour s’opposer à cette nouvelle mesure est que le nombre de séance remboursé est insuffisant. Là aussi, je m’étonne de l’argument. Même si certains « modèles » thérapeutiques tendent à prendre un peu (voir beaucoup) plus de temps que d’autres, la plupart des modèles psycho-thérapeutiques « reconnus » permettent des interventions efficaces en 4 à 8 séances. Ce nombre de séance à d’ailleurs été déterminé suite à une étude faites chez nos voisins Hollandais et montrant que une vaste majorité des patients voyaient leurs problèmes résolus en 4 à 8 séances. Et c’est aussi ce que mon expérience professionnelle me laisse à penser. D’autant plus si l’on considère le cadre des interventions de première ligne qui s’adresse spécifiquement à des difficultés modérées qui peuvent normalement être prisent en charge en quelques séances.

Je terminerai en revenant sur un troisième argument que je lis souvent pour s’opposer à ce progrès: la prescription de renvoi du médecin. La pratique de la psychologie clinique est, de par la loi, une pratique autonome. Entendez par là que le psychologue ne travaille pas sur base d’un diagnostic ou d’une évaluation effectuée par une tierce personne (comme c’est le cas pour le kinésithérapeute qui travaille sur base de la prescription du médecin ou du médecin radiologiste qui se base sur la prescription d’un de ses confrères). Certains s’insurgent donc que la « prescription de renvoi » du médecin va à l’encontre de cette autonomie. C’est là malheureusement dû à un choix de mot peu judicieux. « Prescription de renvoi » aurait pu être remplacé par « lettre de recommandation ». Etant donné la phase pilote, le médecin généraliste, qui reste dans plus de 90% des cas le point de contact premier pour toutes les souffrances, physique ou psychique, est là pour assurer un « pré-sélection », un filtrage préalable, assurant que les psychologues ne se retrouvent pas face à des patients qui ne rentrent pas dans le cadre de la phase pilote et qu’ils soient obligés de leur expliquer qu’ils doivent dès lors payer plus que ce à quoi ils s’attendaient. La prescription de renvoi n’empêche pas tout à fait cette situation vu que la première séance, de 60 minutes, est normalement consacrée à l’évaluation, par le psychologue clinicien, de la demande du patient et de son adéquation avec le cadre défini. Le psychologue clinicien est donc bien dans une pratique autonome.

Bref, même s’il y a encore des progrès à faire, réjouissons-nous de ceux qui sont déjà là.

Omega-3 et activité physique pour augmenter la neurogenèse et rester en bonne santé (mentale)

Depuis quelques dizaines d’années, les preuves scientifiques relatives aux facteurs influençant notre santé mentale (et pas que mentale vu que la séparation entre psychique et physique fait de moins en moins de sens) mettent en évidence le lien entre une bonne alimentation, une activité physique régulière et une bonne santé mentale (loin de la dépression et avec des symptômes liés au vieillissement qui sont retardés). Une partie de ces résultats pourraient être expliqué par ce que l’on nomme désormais la neurogenèse, notre capacité à générer de nouveaux neurone, à tout âge. L’efficacité de notre neurogenèse semble être liée à notre humeur (plus on génère de nouveaux neurones, mieux on se porte) et aussi à l’éloignement des maladies dégénératives du cerveau (certaines du moins).

Hors, la neurogenèse semble être influencée par les « suspects habituels »: Bonne qualité de sommeil, bonne alimentation (fruits et légumes, Oméga-3, jeûne intermittent – on mange uniquement pendant une période de 8 à 10h sur la journée) et aussi la pratique d’une activité physique (la course à pieds est souvent le sport de référence, d’autres pourraient avoir le même effet mais les activités physiques mobilisant les membres inférieurs semblent apporter plus de bénéfices que les autres, globalement). Eviter le stress reste aussi un facteur de protection et faire l’amour est toujours excellent pour la santé (sans aller dans les excès, bien sûr).

Si vous désirez un peu plus d’information sur le sujet, voici quelques ressources supplémentaires:

TED talk de Sandrine Thuret sur la neurogenèse (sous-titre en Français disponible)
  • Un article de l’université d’Harvard sur le jeûne intermittent et ses bénéfices (en Anglais):
  • https://www.health.harvard.edu/blog/intermittent-fasting-surprising-update-2018062914156
  • Une présentation faites au Centre Hospotalier Universitaire Vaudois (en Suisse donc) sur les bénéfices du jeûnes par les docteurs Christian Mottet (MD PhD) et Sophie Sierro (PhD): https://www.chuv.ch/fileadmin/sites/glg/documents/glg_symposium_gastro-enterologiemici_fev2016_mottet.pdf

Haut-potentiels, surdoués, zèbres, kesako?

Mon approche diagnostique étant plutôt fonctionnelle, je ne suis pas un partisan des étiquettes. Quand je reçois des personnes qui me sont envoyées parce qu’elles sont identifiées comme étant à Haut Potentiel, je fais exactement ce que je fais avec tous mes patients, j’écoute, j’essaie de comprendre, sans a priori. L’étiquette HP ne m’apporte finalement que peu d’information utile. Pourtant, elle s’avère parfois lourde de conséquence. Autant elle permet parfois de mettre un mot, généralement connoté positivement, sur une sensation d’être différent, autant elle est aussi porteuse d’exigences et d’attentes, voire de fantasmes et parfois d’incompréhensions.

Face à cette étiquette, bon nombre de personnes utilisent Internet pour essayer de comprendre ce qu’elle signifie. Ils trouvent alors rapidement des sites qui regorgent d’explications aux allures plus ou moins scientifiques sur le haut-potentiel intellectuel, sur la « zèbritude », expliquant combien ils sont différents, voir supérieurs ou plus fragile, ou plus sensibles. Entre Harry Potter, Lisbeth Salander, Sheldon Cooper, Friedmann et Albert Einstein, les stéréotypes sur les « génies » ne manquent pas de générer des attentes qui peuvent emprisonner celui qui vit avec cette étiquette (ou aussi à celui à qui on ne la « donne » pas). Comme de tout temps, certains utilisent la souffrance de ces personnes en recherche d’elle-même pour les rallier à leur cause, et souvent, malheureusement, à leur portefeuille.

Et pourtant, il y a bien plus à dire que toutes ces images d’Epinal que l’on vous sert. J’ai déjà pas mal écrit sur le sujet mais je vais tenter d’expliquer ici ce que recouvre selon moi les termes et concepts de Hauts-potentiels intellectuels, que certains surnomment surdoués, zèbres, etc…

Je ne vais pas, pour une fois, fournir toutes les références scientifiques sur les sujets que je vais aborder (du moins dans un premier temps, j’y reviendrai peut-être un jour prochain). Mon but est de faire appel au bon sens de chacun, à votre intelligence et de donner des pistes de réflexion. Je vous donne néanmoins, à la fin de cet article, une série de références (articles, sites web et de livres) qui pourront probablement satisfaire votre envie d’en savoir plus sur le sujet.

Si je dis « tenter d’expliquer », c’est que la tâche est plus ardue qu’on ne pourrait le croire. En premier lieu parce qu’il n’y a pas de consensus sur ce qu’est l’intelligence. Si vous interrogez les principaux chercheurs qui s’intéressent à l’intelligence comme sujet d’étude scientifique et que vous leur demandez leur définition de l’intelligence, vous obtiendrez certainement une grande diversité de réponses et autant de discordances que de similarités dans celles-ci. On ne peut néanmoins que difficilement faire l’économie d’une telle définition si l’on veut expliquer ce qu’est le haut-potentiel intellectuel.

Alors, qu’est-ce que l’intelligence? Le fruit du fonctionnement de notre cerveau? Notre capacité à traiter de l’information (résolution de problème)? A en générer de nouvelles (créativité)? Notre capacité à mémoriser des informations et à les classer? Est-ce de l’ordre du cognitif uniquement (qui est en lien avec la connaissance) ou le conatif (lié à la volonté, à l’effort) et l’affectif sont-ils aussi des composantes de l’intelligence (vu l’existence d’un concept d’intelligence émotionnelle)?

Pour les premiers chercheurs s’étant intéressé au concept d’intelligence et ayant tenté de la mesuré (ce qui sous-entend que l’on peut définir de manière opérationnelle, concrète, ce que l’intelligence est ou du moins ce qu’elle produit comme effet), comme Spearman ou Piaget, l’intelligence est une fonction qui permet la résolution de problème, l’adaptation au milieu. L’intelligence ou les intelligences seraient des fonctions, des capacités à résoudre certains type de problème ou à traiter certains type d’information. Howard Gardner théorisa les différentes sortes d’intelligence, soulignant l’existence de personnes ayant des performances intellectuelles hétérogènes, capable par exemple de résoudre des problèmes mathématiques très complexe tout en étant peu performant au niveau verbal. Comme l’écrit Henry Schlinger, il y a peu de sujets qui ont généré autant de tensions et de débats dans la communauté scientifique que l’étude de l’intelligence et les tentatives de la mesurer.

La difficulté de définir l’objet d’une recherche rend d’autant plus difficile la mesure de cet objet. La difficulté de définir ce qu’est l’intelligence tiens fondamentalement qu’il s’agit d’un concept, d’une étiquette. En soi, l’intelligence est une fonction émergente de l’activité physiologique de notre cerveau. Autant on peut assez facilement définir ce qu’est le cerveau, la matière grise, la matière blanche et les neurones, autant le résultat de l’activité de ce complexe ensemble est difficile à déterminer et à scinder. En effet, notre cerveau  commande nos membres, traite les informations provenant de nos système perceptifs, donne du sens, crée une conscience de soi, initie et reçoit des communications avec autrui, génère des pensées volontaires et involontaires, résout des problèmes, modifie l’état physiologique de notre corps, ses balances hormonales, mémorise de l’information, infère des règles de fonctionnement sur base de son expérience et sur base de l’expérience d’autrui. Souvent, on parle de notre corps et de nos pensées comme deux choses séparées. C’est ce que l’on appelle le dualisme. Pourtant, notre corps et nos pensées ne font qu’un, ils sont dans un dialogue permanent. Sans parler de l’expérience quotidienne que vous pouvez avoir de l’influence de vos pensées sur votre corps (les mouvement, le stress, les palpitations) et de votre corps sur vos pensées (la souffrance, la fatigue, etc.), nombre d’études scientifiques montrent les liens étroit entre nos pensées, notre corps et même notre environnement. Le clivage en deux entités distinctes n’est donc qu’un concept, qu’une simplification pour nous aider à traiter la complexité que tout cela représente.

Il en va de même pour le clivage entre cognitif, conatif et affectif, ou pour le dire plus simplement entre intelligence, volonté et émotions. Nous ne prenons pas de décisions purement cartésienne comme nous aimons à le croire. Sans émotions, nous ne pourrions pas effectuer le moindre choix. Mais là aussi, afin de pouvoir « étudier » un phénomène, afin de pouvoir le comprendre, nous devons l’isoler et nous inventons donc des concepts qui permettent de délimiter, de restreindre l’objet de nos recherche, de notre compréhension. Ces mécanismes sont nécessaires pour construire notre connaissance mais il ne faut pas oublier que ces catégories ne sont pas naturelles ni « étanches ».

Le haut-potentiel intellectuel est donc une catégorie définie arbitrairement par la communauté scientifique pour désigner un ensemble de la population qui réussit particulièrement bien à passer des épreuves de test diagnostique visant a évaluer (notez bien que je ne dis pas mesurer, car ce n’est pas une mesure mais une estimation, une évaluation) le fonctionnement cognitif d’un individu. Par convention, sont désignés comme haut-potentiel (HP) intellectuel, les personnes qui se situent au delà de deux écart-types de la moyenne dans des tests normalisés. Dans le cas des test de QI (Quotient Intellectuel, vieille notion désuète que l’on doit aux travaux de Stern et puis de Weschler, se basant sur les test d’évaluation de l’intelligence définis par Alfred Binet et Théodore Simon), la moyenne est centrée sur une valeur de 100 et l’écart-type est de 15. Ce qui donne une distribution normalisée comme celle-ci (voir graphique) avec chaque fois le pourcentage de la population qui se retrouve dans chaque intervalle. Les HP sont donc les personnes qui se trouvent au delà de 130.

Comme vous pouvez le constater sur le graphe, la population HP représente donc, par définition, 2,2% de la population (2,1% de 130 à 145 + 0,1% de 145 et plus). Néanmoins, pour ne pas être psycho-rigides, on étend parfois la définition de haut-potentiel intellectuel aux personnes qui réussissent au moins un test d’une échelle de Weschler (WISC pour les enfants ou WAIS pour les adultes) au delà des deux écart-type de la moyenne. Cela explique donc que l’on connaisse le pourcentage de la population qui est considéré HP, celui-ci étant le résultat de la définition même du haut-potentiel. Il s’agit donc bien d’une notion statistique et quantitative. Aussi, toute personne qui prétend que les HP représente 3% ou même 5% de la population, ne sait probablement pas très bien de quoi elle parle.

La catégorie des personnes dites HP est donc une construction abstraite (il n’y a pas d’indicateur physiologique ou biologique clair qui se lie de manière univoque au HP) et arbitraire (décidée par un groupe de personnes) qui est utilisée par des psychologues et des pédagogues pour étudier une population hors-norme, statistiquement parlant. Cela ne signifie pas qu’une personne avec un QI de 129 soit fondamentalement différente d’une personne ayant un QI de 131 (voir même de 135). Il y a un continuum dans les mesures de l’intelligence qui ne permet pas de mettre en place une limite non-arbitraire.

Est-ce que la catégorie HP représente vraiment une catégorie de personnes qui est pertinente? Personnellement, j’ai de plus en plus de doutes à ce sujet et ce pour les raisons suivantes:

1° les tests utilisés (Généralement les tests de Weschler ou des tests de matrices), ne couvrent qu’une partie limitée (généralement 2 ou 3: Logico-mathématique, verbo-linguistique et visuo-spatiale) des formes d’intelligence identifiées par Gardner (ces formes d’intelligences sont aussi des constructions arbitraires et ne reflète pas une organisation physiologique du cerveau). Ce ne sont donc pas des outils qui couvrent entièrement le domaine de l’intelligence (qu’on ne définit toujours pas correctement)

2° Les erreurs d’évaluation peuvent être importantes. Si le sujet à mal dormi, a été entraîné, est au meilleur de sa forme, est déprimé ou anxieux, les résultats peuvent grandement varier. On n’utilise d’ailleurs souvent plus une intervalle de confiance (qui couvre souvent une dizaine de points d’écart) que la valeur elle-même. On ne parle donc pas d’un QI de 135 mais plutôt d’un QI entre 130 et 138.

3° Les tests dit de QI ne sont normalement pas fait pour évaluer l’intelligence (même si c’est le nom qu’ils utilisent) mais pour estimer (ou tenter de mesurer, mais c’est un leurre) les capacités cognitives d’un individu à réaliser une tâche précise et de comparer ce résultat à l’ensemble de la population. Ce genre de résultat est très utile pour comprendre les difficultés d’apprentissage d’une personne, comme outil contribuant à un diagnostique clinique mais pas comme un diagnostique en soi. Il ne faut donc pas réifier les tests de QI et leur donner une valeur qu’ils n’ont pas.

4° les associations qui sont souvent faites entre les résultats aux tests de QI et certaines caractéristiques émotionnelles ou comportementales (ils sont hypersensibles, n’aiment pas les injustices, etc.) créent des stéréotypes qui peuvent « emprisonner » les personnes HP dans une image qui n’est pas la leur. Même si il y a des corrélations statistiques entre certaines traits de caractères ou certaines caractéristiques et les personnes catégorisées comme HP, ce n’est pas pour autant que toute personne identifiée comme HP se retrouve avec toutes ou même ne fut-ce qu’une de ces caractéristiques. Hors, souvent, j’entend dire (ou pire, je le lis sur des sites de « spécialistes » du haut potentiel): il/elle est HP, il est sensible, hyper-vigilant, etc. Le stéréotype étant promu au statut de réalité, le haut-potentiel cache alors la réalité unique de chaque individu.

5° Trop souvent on parle de diagnostique de Haut-Potentiel. Là encore, c’est un danger. Le haut-potentiel intellectuel n’est pas une maladie. C’est une caractéristique de la personne, comme la longueur des bras, des doigts, le tour de taille, etc. Si l’on peut estimer les performances physique d’une personne sur base du ratio entre l’index et le majeur (qui est lié au taux de testostérone présent durant la gestation, et de là, à certaines caractéristiques physiques), on ne catégorise pas les gens à l’aide de ce ratio, ou du moins, on ne porte pas un jugement sur ces personnes sur base de cette caractéristique. On ne parle pas de maladie. Pourquoi le fait-on sur base d’un test de QI? Etre à haut-potentiel intellectuel est une caractéristique qui apporte des avantages dans certaines conditions, tout comme mesurer 2,10 mètres pour jouer au Basketball. Ce n’est pas une maladie D’ailleurs, plus de la moitié des personnes catégorisées comme HP n’ont pas de difficultés liées à cette caractéristique. Cela ne doit pas cacher la souffrance des autres mais bien relativiser le lien systématique fait parfois entre HP et mal-être.

6° Les difficultés d’apprentissage ou d’insertion dans le système éducatif de certains enfants ou adolescents HP est l’arbre qui cache la forêt. A mon avis, et il est partage par de nombreux spécialistes en la matière, ce n’est pas tant la difficulté du système éducatif à s’adapter aux différences individuelles que les différences individuelles des personnes HP elles-même qui sont à l’origine du problème. L’enseignement est trop souvent normatif et donc violent pour des personnes hors-norme (statistiquement parlant).

Donc, pour conclure, la catégorie des personnes à haut-potentiel intellectuel (les HP, les zèbres et consort), est désormais passé d’une catégorie servant à classifier des sujets de recherche à une catégorie de cible marketing pour des gurus, des écrivains, entrepreneurs et voire même parfois certains psychologues en manque de patients. Même si elle a servi pendant tout un temps à sensibiliser les professionnels de l’éducation et de la santé mentale aux différences de mode de fonctionnement intellectuel et aux impacts potentiels sur leurs mode d’apprentissages et de relation au monde, elle commence désormais à créer des représentations stéréotypées clivantes, qui laissent certains prétendre que les personnes HP devraient être isolées et vivre en ghettos. Et là, il me semble que la catégorie perd de son utilité.

Suggestions de lectures sur le sujet:

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Que faire après un attentat à la pudeur ou un viol?

Les violences sexuelles touchent malheureusement trop de personnes dans notre société. Face a de telles situations, on se retrouve naturellement assez dépourvu, perdu, confus, submergé par les émotions. Voici quelques liens qui pourraient vous aider dans de telles circonstances. La majeure parties proviennent de l’excellent site: http://www.violencessexuelles.be.

Si vous êtes une victime, vous y trouverez les conseils et la procédure à suivre après l’agression: http://www.violencessexuelles.be/je-suis-victime

Si vous être un proche d’une victime, vous trouverez sur le site un guide à l’attention des personnes de soutien:  http://www.violencessexuelles.be/sites/default/files/bestanden/FR%20Guide%20pour%20les%20personnes%20de%20soutien%20victimes%20de%20violences%20sexuelles.pdf

Dans tous les cas, n’hésitez pas à faire appels à un Centre de Prise en charge des victimes de Violences Sexuelles (CPVS). Ces centres existent dans quelques hôpitaux en Belgique: à l’hôpital Universitaire de Gand, au CHU Saint-Pierre de Bruxelles et CHU de Liège. Plus d’information sur les CPVS ici: http://www.violencessexuelles.be/centres-prise-charge-violences-sexuelles

Vous pouvez aussi contacter SOS viol au  02/534 36 36 ou via leur site internet (http://www.sosviol.be)

Je vous réfère aussi au guide « Violences sexuelles, comment s’en sortir » de l’institut pour l’égalité des femmes et des hommes.

Dans tous les cas, retenez que demander de l’aide est le premier pas vers la sortie du tunnel. Personne ne doit traverser cette épreuve seul.

Un fond d’écran « nature » pour mieux déstresser?

Afficher une photographie d’un paysage vert, naturel, sur notre fond d’écran, sur notre téléphone ou sur les écrans d’information interne des entreprises pourrait-il nous aider à dé-stresser? Plusieurs études (voir Berto R., 2014 pour une revue de la littérature sur le sujet) ont montré ces dernières années que le fait d’être exposé à la nature (une ballade dans un parc, en forêt ou dans un environnement majoritairement naturel) contribue à nous aider à récupérer plus rapidement notre capacité attentionnelle et à diminuer notre niveau de stress. Il n’était cependant pas encore tout à fait clair si cet effet est dû à la pratique de l’exercice physique, au bon air respiré, à la lumière, à la simple vision de la couleur verte, d’arbres ou à une combinaison de ces facteurs.

nature-arbre

Fin 2015, Magdalena M.H.E. van den Berg et al. publiaient les résultats d’une expérience qui pourrait déjà nous éclairer un peu plus sur le sujet. Dans cette étude, van den Berg et ses collègues ont exposé successivement 46 étudiants à une épreuve stressante (une épreuve d’arithmétique connue pour générer du stress chez les participants) puis à des photographies de bâtiments et de rues ou de parc avec de la verdure et des arbres (chaque étudiant étant passé par les deux situations). Les étudiants portaient un appareil permettant de mesurer leur activité cardiaque (ECG, électrocardiogrammes et ICG, Impedance CardioGraphy), utilisé pour mesurer différents paramètres dont l’Arythmie Sinusoïdale Respiratoire (RSA en Anglais) qui est un des indicateurs de l’activation du système para-sympathique, activation qui indique elle-même un passage vers un mode de repos et de calme pour le corps. Pour simplifier, la mesure du RSA permet de savoir si le sujet est en train de se calmer ou de s’énerver.

Les résultats de l’analyse des mesures semblent indiquer que le fait de regarder des photographies de zones naturelles plutôt que construites nous permet de récupérer plus rapidement (après avoir regarder ces photographies) que si nous regardons des photographies de bâtiments. Cependant, cette exposition à des clichés de nature ne protège pas, a priori, contre l’émergence du stress et ne dé-stresse pas sur le moment. L’activité para-sympathique est améliorée après avoir regardé les photographies (mais il est possible que cela se passe aussi durant la période d’exposition si celle-ci dure plus longtemps que les quelques secondes ou minutes d’exposition de l’expérience. Conclusion, gardez quelques photographies de nature sur votre ordinateur ou votre téléphone, cela peut toujours vous aider, après une réunion difficile ou une activité stressante, à retrouver un peu de calme et à récupérer. Ou, si vous avez la chance de travailler dans ou près d’une zone verte, sortez faire une petite ballade.

Photo d'arbre par Reza Shayestehpour

Le sport, traitement le plus efficace contre la dépression?

Notre bien-être passe donc par ces différentes choses: Une alimentation saine, une activité physique raisonnable et respectueuse de notre corps, du repos en suffisance, une bonne santé, des relations harmonieuses avec nos amis, du partage et des échanges, un sentiment de sécurité, un sens à nos actions et à notre vie. Non pas une de ces choses là mais bien toutes ces choses là, en même temps, dans un équilibre qui nous est propre. Nous couvrons donc ici bien des domaines de recherches et d’activités: Biologie, médecine, nutrition, cuisine, sociologie, psychologie, politique, kinésithérapie, philosophie, spiritualité, etc.

Donc, quand vous allez chez un psychologue clinicien, il va vous écouter, essayer de comprendre les difficultés que vous rencontrez, de voir quels sont les facteurs qui créent et qui entretiennent ces difficultés, ces souffrances et vous aider, tant que possible, à y faire face. Néanmoins, il ne peut pas faire son métier correctement s’il ne vous dit pas que vous avez besoin de tout cela en même temps.

En 1979, Greist, Klein et al. étudiaient l’efficacité de la pratique de la course à pied comme traitement contre la dépression, mentionnant le peu d’études sur le lien entre sport et traitement de la dépression. En 1987, Doyne, Ossip-Klein et al. comparaient l’efficacité de la course à pied et de la musculation aux haltères comme traitement de la dépression. En 1993, Byrne et Byrne faisaient une revue de la littérature sur l’effet de l’exercice physique sur la dépression et notre humeur, montrant que des effets étaient montrés mais que des problèmes méthodologiques existaient.

Depuis lors, des centaines de recherches ont été menées et la controverse ne semble toujours pas levée. Pourtant, à choisir entre les traitements médicamenteux, qui ne portent pas moins à controverse, et la pratique du sport, il me semble évident que cette dernière présente nettement plus de bénéfices secondaires au traitement de la maladie mentale que la prise de médicaments, sans avoir de très nombreux effets négatifs (si l’on pratique raisonnablement et dans le respect de son corps, j’entends) que pour que le principe de précaution ne nous fasse choisir de promouvoir plus le sport que les antidépresseurs. D’autant plus que le sport apporte bien d’autres avantages à notre santé, notre condition physique et nos performances cognitives (voir l’article ‘mens sana in copore sano‘ pour plus de détails sur ce sujet).

Très récemment, en 2016, Schuch, Vancampfort, Rosenbaum et al. ont publié une méta-analyse (une analyse des données de plusieurs études précédentes) d’études aléatoire contrôlées (RCT – Randomize Controlled Trials) portant sur 25 études rassemblant au total 1487 adultes. D’après leur étude, la pratique d’exercices en aérobie (en endurance donc) présente des effets significatifs d’amélioration, d’autant plus, semble-t’il, s’ils sont encadrés pas des entraîneurs professionnels ou des professionnels de la santé. Ces effets sont aussi valable pour les dépressions majeures et dépassent largement ceux que l’on exige des médicaments antidépresseurs pour être acceptés sur le marché. Schuch et al. soulignent aussi l’important biais qui existe au niveau des publications scientifiques sur le sujet, celle-ci étant nettement moins souvent publiées que celles sur les psychothérapies ou les traitements médicamenteux.

Conclusion, il est important de prendre soin de soi en pratiquant une activité physique modérée pour éviter de dépenser son argent en pilules multicolores ou de venir voir un psy, et comme je l’écrivais déjà il y a près de 3 ans, il est tout aussi important de se faire plaisir. Enjoy your life.

La méditation réduirait les inflammations… et donc la dépression?

Une étude de 2016 de l’université de Carnegie-Melon (Creswell JD & al.) à mesuré une diminution de l’Interleukin-6, une citokine (une protéine servant de messager dans le corps) impliquée dans le processus inflammatoire, chez des adultes en recherche d’emploi en état de stress.

Cette diminution mesurée chez les participants ayant suivi un stage intensif de trois jours de méditation (dans ce cas-ci plus précisément des pratiquants suivant un programme MBSR – Mindfulness Based Stress Reduction) est comparée aux mesures sur un groupe contrôle ayant suivi trois jours de formation aux techniques de relaxation. En plus d’une diminution de l’Interleukin-6, une amélioration de la connectivité des zones du cerveau impliquées dans le réseau du mode par défaut et surtout dans le cortex dorso-latéral préfrontal (qui est fortement impliqué dans les tâches exécutives comme la planification, l’organisation, l’élaboration de stratégies, l’attention ou pour gérer le temps et l’espace) est mesurée.

Ceci va dans le sens de l’étude de 2014 de Fox, Nijboer et al. qui montrait que la méditation provoquait des changements dans la structure du cerveau et particulièrement dans le cortex préfrontal. L’effet anti-inflammatoire de la méditation pourrait aussi expliquer une partie de son effet sur la prévention de la dépression (ou de sa rechute) vu le lien supposé par l’étude de Felger et Al. dans leur étude de 2015 de l’effet de l’inflammation sur l’efficacité des circuits neuronaux de la récompense chez certains patients (environ 30%) en état de dépression.

N’oublions pas que le stress est connu pour être un des facteurs provoquant ou « facilitant » la dépression et que la diminution du stress, que ce soit par la méditation ou la relaxation, peut déjà expliquer une partie de l’effet préventif contre la dépression. Néanmoins, plusieurs études semblent montrer un lien entre le stress, l’inflammation et la dépression (voir Slavich et Irwin, 2014).

Une fois de plus la méditation offre des bénéfices non négligeables dans la lutte contre le stress et la dépression qui sont clairement les deux fléaux de ces dernières décennies dans les pays dits développés. Cela demande un peu plus d’effort et de temps que de prendre des anti-inflammatoires et/ou des anti-dépresseurs mais c’est nettement plus efficace et cela vous permettra aussi de mieux vieillir (ou du moins de subir les effets du vieillissement plus tard) et de diminuer vos chances de faire un Alzheimer. Comme on le voit aussi, il n’est jamais trop tard pour commencer car les effets de la méditation sont assez rapide et peuvent être induit par une pratique de seulement 20 minutes par jour. A vous de choisir votre traitement.

La défense américaine fait la promotion de la méditation de pleine conscience

Le DoD (Department of Defense), le département de la défense des Etats-Unis, vient de lancer une campagne de promotion de la pratique de la méditation de pleine conscience (Mindfulness) au sein des forces armées afin d’expliquer aux militaires américains les bénéfices qu’ils peuvent en tirer ainsi que les différentes manières de commencer à pratiquer.

Un marine en position de méditation sur la rampe d’un hélicoptère CH-53E Super Stallion

Cette campagnes est supportée par une série d’articles sur le blog du DCOE (Defence Center of Excellence for Psychological Health & brain injuries), le centre d’excellence de la défense pour la santé mentale et les traumatismes crâniens. Ces articles reprennent certaines des évidences scientifiques concernant la pleine conscience ainsi que plusieurs conseils pratiques. Une étape de plus dans la diffusion de la pleine conscience et de son utilisation dans le monde du travail. Après les hôpitaux, les sportifs de haut niveau et les entreprises, ce sont désormais les militaires qui sont encouragés à intégrer cette pratique de médiation laïque dans leur rituels quotidiens afin d’améliorer leur qualité de vie et leur santé mentale.
Références: